l'Apparition : témoignages

 

L'APPARITION : Critiques et témoignages

 

L'apparition de Yves Goulm chez Albiana

Un éditeur que je ne connaissais pas. Corse, d'après leur site, et versé au-delà de l'édition régionaliste dans une ouverture au monde, une multiplicité des écritures européennes et autres parfaitement mise en valeur par ce présent récit. Je ne sais pas vraiment si je peux vous confier la lecture de ce texte car il s'adresse à un public averti. Un public qui ne craint pas les histoires atypiques, d'une noirceur insondable. Un public qui ose se laisser emporter par la rage des mots, la fièvre des phrases. Phrases entrecoupées de virgules ainsi balancées, poétisées. Phrases qui déballent leurs adjectifs, leurs adverbes avec enjouement. L'apparition, c'est de la prose brute, brutale, une façon de jongler avec les mots qui se révèle au fil du texte envoûtante, ou totalement insupportable pour certains.
Vous êtes prévenus, L'apparition n'est pas à mettre entre toutes les mains. Et d'abord s'agit-il d'un roman ou d'un recueil de nouvelles? Telle est la question que l'on est très vite amené à se poser avant d'en avoir la réponse. Les titres donnés à l'intérieur du texte suggèrent l'histoire. Je ne vous les dévoilerai pas. L'apparition est comme un coup de poing littéraire, l'horreur improvisée d'un individu descendu aux enfers et qui n'en est jamais vraiment remonté. L'apparition parle d'art, de guerres, d'effondrement, de sublimité. De fatigue et d'espérance. L'apparition, c'est notre société vue à travers le prisme d'une âme trop pure. L'apparition n'est pas un roman comme les autres. Au début, il déconcerte, nous paraît incompréhensible et puis petit à petit, le charme opère. Nous sommes alors cloués à la force de cette écriture si personnelle. Le tableau représenté en couverture nous met en garde: attention, si vous tournez les pages qui viennent, l'obscurité vous happera. Je me suis laissée happer, je ne le regrette pas.

 Chloé Dubreuil (blog critique littéraire - http://dubreuilchloe.free.fr/) Janvier 2008 (suivre le lien)

  •  

"... Qui pouvait écrire sur ses Têtes ? Personne n'écrivait comme il gravait. Personne n'avait jamais écrit comme il gravait...", dis-tu.

Et moi comment pourrais-je écrire de ton écriture ? Sauf dire qu'elle m'a touchée, remuée, traversée, parce que la tentative de dire ce qui est radicalement autre est une folie que tu as tenté.

On n'écrit pas l'Apparition, on regarde ses pieds c'est sûr quand sa présence. Je regarde mes pieds, tu as regardé les tiens sûrement, mais sacré nom, il devait y avoir au bout de tes orteils une flaque splendide pour que tu en remontes cette pêche miraculeuse !

Merci Yves, merci pour cela, la lumière et l'effacement, le trait et la rature, tout ça porté ensemble à bout de bras, de mots, de ferveur.  Un livre flamboyant et en haillons comme nous sommes. Travail d'annonce et d'abandon, de géomètre et d'enfant brouillon, de guetteur, veilleur, sentinelle, de langue, de métamorphose pour qu'à la fin l'image nous tienne aussi la main.

Encore un très grand merci.

Une expression, lié à Maurice Blanchot mais écrite dans un texte de Joël Vernet, un auteur rare que j'aime beaucoup, me revient à propos de L'Apparition... "la lumière du désastre". C'est cela qui persiste quand on referme ton livre. Cette présence de l'une mais sans que l'insoutenable de l'autre puisse un instant être oublié.

Anne Bihan (écrivain – Nouvelle Calédonie) - 31/12/07

  •  

Une seule lecture ne suffit pas. Ce récit est puissant, dense, éprouvant, nécessaire et baroque. On a peur de ne pas comprendre. Tout ce qui est dit est partagé, et pourtant c'est là.
Par une pulsion de lignes incisives, imprimées dans le vif, l'art de la gravure exprime le réel avec une vigueur qui n'appartient qu'à lui.
Car Piotr est graveur, peut-être que seul cet art peut rendre compte de ce qu'il a vécu, ou « survécu » dit-il, lui qui a connu les camps nazis. La façon qu'il a de raconter l'indicible semble écrite à l'eau forte. Le bain d'acide où plonge le lecteur laisse en lui des traces indélébiles.

Piotr est graveur donc. Il dit « que son œuvre, si ce mot vaut, est faite de têtes d'existences défaites par les souffrances subies dans l'enfermement de l'enfer ». Pour celui qui « gravait le grave » supportaient les mondains, « ces incontinents de l'orgueil bien placé aux fauteuils de cuir rance (qui) se patinent au vernis du dérisoire » est au dessus de ses forces : il s'enfuit de l'exposition qui lui est consacrée, définitivement. A nous, il narre son histoire, sa souffrance, son œuvre.
En huit chapitres, sur des registres différents, l'auteur développe la problématique du « dit de l'indicible » et « de l'entendu inaudible ». D'où le vertige qui emmène le lecteur, lui qui n'a pas vécu l'invivable. Tout est dit et c'est inatteignable.
On voudrait qualifier ce texte de très beau, il l'est, mais on n'ose pas, malgré la lueur de la fin, par crainte d'être indécent, d'être irrespectueux envers l'inextinguible souffrance.

L'apparition par Yves Goulm
Editions Albiana

Lundi 28 Janvier 2008 - Stéphane Ferry / Senioractu.com 2007 (suivre le lien)

  •  

LES CARNETS D’EUCHARIS de Nathalie Riera N°2 21 février 2009

Yves Goulm / L’apparition (éditions Albiana)

Quatrième de couverture : Jamais il n’écrivit sur Piotr dans son hebdomadaire. Il n’en fit jamais le portrait. Comment aurait-il pu ? Qui pouvait écrire sur ses Têtes ? Personne. Personne n’écrivait comme il gravait. Personne n’avait jamais écrit comme il gravait. Qui écrirait un Visage pour l’hachurer ensuite, pour le strier de suie ? Qui bâtirait le poème de la Face pour le raturer ? Qui rimerait la littérature de la Face pour la biffer avec frénésie une fois l’harmonie atteinte ? Qui parviendrait à faire apparaître une Révélation, à faire se révéler une Apparition pour l’encombrer de gribouillis, pour la charger, la surcharger ? Qui traquerait le beau en mots tissés pour mieux le rayer, le dérayer par les sillons du laid, les souillures de l’effacement ?

Critique de Nathalie Riera :

"Puisque peindre c’est transcender le monde avait-il dit à Edouard, alors le monde sera ma toile."

Piotr peint des têtes, rien que des têtes, mais pas n’importe quelles têtes. Trente gravures, la Tête I, la Tête II… « Trente Têtes saturées comme pièces maudites » que son ami Edouard, dont l’amitié précieuse l’aide à vivre, veut les confronter au public, lui faire rencontrer ces Têtes, et permettre en même temps au peintre de sortir de son atelier et de sa solitude. Une exposition est organisée dans une galerie, mais Edouard ne peut s’empêcher de remettre en cause ce projet qu’il considère inepte : Comment avait-il pu insister, et insister encore, et encore, à le sortir de sa réclusion volontaire pour l’entraîner dans cette fange ? Et, surtout, pire que tout comment avait-il pu envisager par quel miracle les oeuvres de Piotr supporteraient le choc d’être confrontées aux non-regards, aux regards éteints et aveugles, aux regards vides d’yeux ? Comment avait-il pu concevoir cette rencontre de têtes ?

s les premières pages, le ton est donné. Une situation singulière, avec un Edouard en culpabilité, un Piotr pris d’hébétude et de panique, tous deux versés au milieu d’une cacophonie, d’une masse de gens aux conversations futiles et verbeuses, si peu attentifs aux horribles créatures de Piotr : plus personne n’y prêtait attention, si tant est que quiconque en eût seulement l’intention. Ces Têtes gâchaient presque le plaisir des conviés.(…)

Comment avait-il osé croire que ces sublimes laideurs, ces laides beautés, ces Têtes extirpées de la tribu des damnés recevraient autre chose que le dédain d’un temps où le factice et le clinquant triomphent ?

Un livre qui, pour l’éditeur des Editions Albiana, se confronte à de vraies questions.

Extraits :

"Ils pleurèrent un mélange d’eau et de sang, d’eau de sang, de rage et d’écoeurement, d’eau d’étang saumâtre, de mare flasque, de flaque aux eaux mortes et fangeuses où le moustique abonde, eaux de marécages, eaux dormantes où règne la touffeur. Chacun son royaume, chacun son trône et son spectre. Roi des flaques d’eau sales, roi des mares d’eaux de boue, roi des étangs d’eaux stagnantes, roi des écoulements huileux, les eaux de haut-le-coeur, roi des eaux de rage, roi des eaux de sang, suceur de sang, vampirique diktat, nécrophilique édit.(p.35)

C’était un regard de désert, une terre d’yeux à l’aridité calleuse, un regard aux yeux de sécheresse, un regard de sable, un regard de tempête de sable, un regard de dunes, un regard ardent, un regard d’erg. C’était une immensité calcinée et grillée, un regard sans autre végétation que des arbustes épineux, un regard sans autre faune que lézard et scorpion, le serpent pour animal, le cactus pour végétal. C’était un regard de dard et d’épine, un regard des contrées immenses aux épouvantables chaleurs diurnes et froideurs nocturnes, un regard flou d’horizon incertain, la netteté de la ligne troublée, vaincue, distordue par les torrides torsions de la canicule, un regard dur de croûtes misérables, un regard calleux de crevasses et de gerçures. C’était un regard sans sources, sans puits, sans pluies, sans oasis, sans mirages et sans rêves, un regard sans trêve de soif, une soif que plus aucune ondée n’aurait épanchée, une soif que l’eau n’apaise plus. C’était un regard de traversée de désert sans nul but, sans boussole. C’était un regard dur d’une dureté muette."(p.100)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site